Editorial de l’ONG YERKIR de Décembre 2023.
L’annexion de l’Arstakh par l’Azerbaïdjan et l’exode qui s’ensuivit auront été passés par pertes et profits en moins de 15 jours. Effacée médiatiquement à la suite du contexte international du conflit israélo-palestinien.
La petite musique qui monte depuis Erevan, délesté de ce « problème », est que l’Arménie va pouvoir se développer économiquement et devenir un hub de transit régional. Pris en étau entre tous ses voisins, Pashinyan « rêve » l’Arménie en carrefour régional alors qu’elle est en passe de devenir un état croupion, un bantoustan.
Ce qui d’ailleurs n’a pas l’air de gêner grand monde à Erevan qui renvoie des images d’insouciances, de fêtes. Comme si rien ne s’était passé et comme si rien n’allait se passer. Même déni en diaspora où finalement la mobilisation aura été très éphémère encore une fois principalement centrée sur l’humanitaire et la charité.
Durant, vingt-six ans, les Arméniens ont eu la main, militairement et territorialement, sur le conflit du Karabakh. Il y avait largement le temps, à basse fréquence, d’imposer la paix ou de se préparer à la guerre. Au lieu de développer et de sécuriser l’Arménie, la mémoire du génocide et le statuquo du « conflit gelé » de l’Artsakh ont été des fonds de commerce pour faire de l’animation communautariste franco-française. Comme si ces non-résolutions étaient des intemporels qui perdureraient ad vitam æternam.
Résultat, la problématique de l’Artsakh a été volontairement invisibilisée durant deux décennies pour permettre aux régimes kleptocrates d’Arménie de prospérer tout en déclassant économiquement, militairement et démographiquement l’Arménie.
Notre ONG YERKIR s’est constituée, il y a plus de 30 ans, dans la continuité de l’association France-Karabagh. Nous avons toujours œuvré sur la base de stratégies englobant la démographie et le développement. Pour repeupler les zones frontalières de l’Artsakh et d’Arménie, mais aussi en soutenant les populations arméniennes subissant les répressions et l’oppression au Djavakhk, en Géorgie et en Turquie…
Nous avons lancé des alertes pour agir sur :
Nous étions souvent critiqués et éconduits pour avoir une vision « pessimiste ». Pessimisme, certes, mais « pessimisme actif ». Celui qui prévoit le pire pour l’éviter et organiser des solutions. Celui qui permet d’anticiper pour agir en évaluant ses marges de manœuvres tout en actionnant la mise en œuvre de projets concrets sur les terrains de la Cause Arménienne.
A contrario, l’optimisme « à l’arménienne » était juste une manière de masquer son inaction derrière des arguties telles que « c’est fini, nous avons gagné la guerre du Karabakh » ou « la reconnaissance internationale du génocide protégera les Arméniens », « La Russie nous protège et l’Iran ne laissera pas faire » ou encore « Le Karabagh est imprenable, les azéris sont des peureux »…
Aujourd’hui, bien qu’il soit compliqué de voir ou faire évoluer positivement le cours des évènements, nous continuons nos projets en Turquie en direction des nouvelles communautés arméniennes en Anatolie, composées de ces Arméniens islamisés ou alévisés.
Une chance de faire renaitre l’identité, la culture et la langue arménienne dans ces territoires arméniens en friche depuis 1915. Nous mettrons en place des micro-projets pour les exilés d’Artsakh dans le cadre de programmes en rapport avec l’éducation et le soutien psychologique.