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Dialogue interculturel en Turquie

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« Deux peuples proches, deux voisins lointains »

La question arméno-turque est perçue à travers différents prismes, que ce soit en Turquie, en Arménie ou dans la diaspora arménienne.

Les réalités politiques et géopolitiques incarnées notamment par le conflit « gelé » du Haut-Karabagh et le blocus turc contre l’Arménie, conditionnent, tout autant que les problèmes historiques, la perception que chaque entité a de l’autre. Le journaliste turc d’origine arménienne, Hrant Dink, assassiné à Istanbul en 2007, résumait cette situation par ces mots « deux peuples proches, deux voisins lointains ».

La diaspora arménienne, du moins ses structures, se focalise essentiellement sur la mémoire du génocide basé sur le trauma et l’exil, faisant de cette victimisation un élément structurant de son identité. Cette posture la déconnecte de la realpolitik et des évolutions qui secouent les sociétés civiles de Turquie mais aussi d’Arménie. Cette posture fossilise la mémoire alors même que la société turque a amorcé un travail sur son identité et s’ouvre progressivement, à son Histoire.

La difficulté des Arméniens à entrer dans une logique de discussion avec les Turcs est la conséquence directe d’un crime contre l’humanité qui se perpétue dans sa négation. Celle des Turcs résulte d’une idéologie nationaliste construite sur l’idée même d’une infaillibilité morale et historique. Il faut donc travailler à faire évoluer les mentalités pour déplacer ces lignes de fractures. Seul le dialogue, dans un cadre établi conjointement, peut permettre des avancées.

Vers la reconnaissance du génocide des Arméniens

 La question centrale restant la reconnaissance du génocide par la Turquie, il est regrettable que les Arméniens ne s’adressent pas directement à la société turque. La différence de poids diplomatique, les conséquences psychologiques du trauma et une tendance à l’instrumentalisation communautarise en Diaspora de cette question ont transformé ce combat alors que le génocide des Arméniens est un problème interne à la Turquie.

Pour autant des mouvements sont porteurs d’espoir en Turquie : les reconnaissances multiples, les efforts de commémorations, l’initiative des intellectuels stambouliotes de novembre 2008 de lancer un appel au pardon pour la « Grande Catastrophe », la multiplication de livres et articles, de recherches universitaires sont bien le témoin que le mur se lézarde. Les intentions ne sont pas toujours claires et les prises de position parfois ambiguës mais la question fait débat de plus en plus en dehors du cercle arménophile. Motif de satisfaction pour les uns, nouvelle forme de négationnisme déguisé pour les autres, l’absence de réels interlocuteurs identifiés et légitimes de part et d’autre participe au flou qui règne.

Malgré tout, les initiatives artistiques et universitaires de dialogue interculturel sont nombreuses. Elles participent aux prises de conscience intuitives de l’héritage commun. Elles doivent être encouragées mais le chemin pour atteindre le cœur des sociétés civiles reste semé d’embuches.

En effet, les propos d’intellectuels, de leaders d’opinions, d’hommes politiques, d’acteurs des sociétés civiles sont légions mais restent le plus souvent confinés à leur propre sphère d’influence. Si le débat est présent en Turquie, en Arménie et au sein de la diaspora, il n’existe pratiquement pas d’interaction directes entre ces sociétés civiles.

Il faut surmonter cette situation en créant un environnement propice au dialogue pour établir des passerelles entre ces sociétés civiles et aborder ensemble les différents nœuds du problème. Il s’agit de cerner les obstacles pour aboutir ensemble des solutions visant à régler les conflits existants.

Établir un dialogue pour résoudre et éviter les conflits

Notre démarche a vocation à soutenir les efforts des sociétés civiles turque, arménienne et de diaspora dans leurs mutations. Nous voulons synchroniser les dynamiques positives qui souffrent d’une méconnaissance réciproque. Il faut donc créer un cadre de réflexion en organisant des échanges entre acteurs de ces sociétés civiles. Ces échanges favoriseront une émulation qui permettra de construire conjointement des solutions de paix propices au développement de cette région.

L’esprit de ce notre travail se reconnaît tout particulièrement dans la définition que donne le Conseil de l’Europe dans son Livre blanc sur le dialogue interculturel : « le dialogue interculturel désigne un processus d’échange de vues ouvert et respectueux entre des personnes et des groupes de différentes origines et traditions ethniques, culturelles, dans un esprit de compréhension et de respect mutuels… la capacité de résoudre les conflits par des moyens pacifiques et l’aptitude à reconnaître le bien-fondé des arguments de l’autre. Il contribue à la lutte contre les préjugés et les stéréotypes dans la vie publique et le discours politique… et peut ainsi aider à prévenir ou atténuer les conflits – y compris dans les situations de post conflits et les « conflits gelés » … En revanche, dialoguer avec qui est prêt à le faire mais ne partage pas – ou pas entièrement – « nos » valeurs, peut être le point de départ d’un processus d’interaction plus long, à l’issue duquel il est tout à fait possible de s’entendre sur l’importance et sur la mise en application concrète des valeurs des droits de l’homme, de la démocratie et de la primauté du droit ».

Depuis 2008, c’est dans cette optique que notre ONG YERKIR a initié des contacts avec différents cercles (culturel, médiatique, diplomatique, ONG de la société civile) durant nos missions et nos projets en Turquie.