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Diyarbakir, la renaissance d’une communauté arménienne

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Diyarbakir, la renaissance d’une communauté arménienne

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Arménie-Karabakh-Djavakhk : Être acteur et non spectateur

L’association, franco-arménienne, YERKIR est une ONG qui a toujours été proactive en essayant d’anticiper les problématiques pour agir dès l’indépendance de l’Arménie et du 1ᵉʳ conflit du Haut-Karabagh.

Une expérience de terrain qui a permis d’évaluer les marges de manœuvre pour actionner la mise en œuvre de projets concrets sur les champs de batailles de la Cause Arménienne.

Comme en Artsakh et en Arménie, de 1990 à 2015, en développant des programmes de repeuplement (reconstruction de villages) et de développement agroéconomiques pour sécuriser les régions frontalières du Karabagh, du Tavouch et du Guégharkounik.

En Géorgie pour la défense des Droits Civiques des Arméniens du Djavakhk et contre la spoliation et la géorgianisation des églises arméniennes à Tbilissi.

Ou pour lutter contre le révisionnisme historique de l’Azerbaïdjan sur le peuplement « Albanais du Caucase » de l’Artsakh en initiant les fouilles archéologiques et la découverte de la cité antique de Tigranakert d’Artsakh en aout 2006.

Pour faire la paix ou faire la guerre, il faut être deux.

Le génocide des Arméniens, sa reconnaissance et ses réparations, sont des problèmes turcs qui se règlent en Turquie en s’adressant aux turcs en turc.

C’est dans cet état d’esprit, depuis près de 18 ans, que l’ONG YERKIR a développé en Turquie des programmes d’approches innovantes sur les thématiques arméniennes via des programmes culturels et interculturels, sur l’identité et la mémoire arménienne ainsi que celle du génocide, sur les résolutions de conflits, sur la réhabilitation du patrimoine matériel et immatériel arménien…

Diyarbakir, capitale du sud-est de la Turquie.

L’ONG YERKIR a établi des contacts avec la municipalité pro-kurde de Diyarbakir, dès février 2008, qui ont conduit à des collaborations qui durent jusqu’à aujourd’hui. En partenariat avec la mairie de Diyarbakir, nous avons pu organiser des concerts et des résidences d’artistes et de musiciens arméniens et l’organisation de commémoration du génocide toujours en partenariat avec la municipalité.

En déployant nos activités en Turquie et en Anatolie, nous avons pu tisser des liens, et ainsi créer des réseaux avec différents cercles : intellectuel, médiatique, culturel, diplomatique, de la société civile… ainsi qu’avec des populations qui, par leurs histoires et leurs situations, se sentent proches des Arméniens, comme les Kurdes, les Hamchènes, les Alévis, les Lazes, les Zazas…

Étant la seule organisation de la diaspora arménienne à avoir des projets pérennes et concrets en Turquie, nous avons été témoins du réveil identitaire des crypto-Arméniens, ces nouveaux Arméniens au Dersim, à Diyarbakir, à Mouch, à Van, à Istanbul, à Kharpet, chez les Hamchènes ; ainsi que l’amorce récente de leur structuration en association dans différentes villes de l’est de la Turquie, en Arménie historique.

Diyarbakir-Tigranakert, une ville arménienne.

En 1915, la ville de Diyarbakir a été une des scènes de crimes du génocide qui a décimé entièrement sa population arménienne. Celle-ci s’est reconstituée, les décennies suivantes, avec des Arméniens des régions environnantes ayant survécu aux massacres.

Une communauté arménienne assez importante a perduré jusqu’au début des années 1980 avec même un prêt à demeure qui officiait dans la chapelle de l’église Sourp Guiragos. La situation économique en Turquie, les coups d’États de 1971 et 1980, les répercussions de la guérilla kurde, l’oppression et les pressions sous-jacentes contre les Arméniens ont décimé la présence arménienne à Diyarbakir par vagues successives d’émigrations à Istanbul et à l’étranger (Canada, USA, France…).

Les restes de l’épée

La question des crypto-Arméniens (islamisés, alévisés, kurdifiés ou turquifiés) a émergé avec la libéralisation du tabou arménien en Turquie au début des années 2000. Après le génocide, les rescapés se sont retrouvés dans les pays de la diaspora actuelle et dans la République soviétique d’Arménie. Le sort de ceux restés dans les territoires majoritairement peuplés d’Arméniens, avant 1915, a longtemps été ignoré. Certains de ces survivants ne doivent leur survie qu’à la protection « intéressée » de certaines tribus kurdes ou familles turques. Les femmes et les jeunes filles ont le plus souvent été enlevées et mariées de force, et les orphelins intégrés dans les familles turques ou kurdes des régions frappées par les massacres. Durant des décennies, ces « restes de l’épée », comme les surnomment les turcs, ont survécu, mais ont subi par souci de dissimulation ou par acculturation une assimilation au fil des générations.

Re-consécration de l’église Sourp Guiragos à Diyarbakir

À Diyarbakir, l’une des églises arméniennes, Sourp Guiragos, qui appartenait en propre à une Fondation Arménienne basée à Istanbul fut reconstruite et rénovée à l’initiative de la municipalité pro-Kurde.

La re-consécration de l’église Saint-Grégoire (Sourp Guiragos), en novembre 2011, a permis à nombre de ces crypto-Arméniens de redécouvrir leur identité, par la réinscription d’un lieu arménien dans le centre-ville historique de Sür, dans l’ancien quartier arménien dit « Gâvur Mahallesi » (le quartier infidèle).

Là où il n’existait plus d’Arméniens, depuis la fin des années 1970, une nouvelle communauté arménienne s’est recréée autour de cette église sur la base de ces crypto-Arméniens. Nombre de ces crypto-arméniens, se sont auto-organisé et se retrouvaient autour d’animations collectives : petits-déjeuners dominicaux, Pâques, Noëls, Baptêmes, voyages en Arménie… Des Animations qui pouvaient réunir parfois plus d’un millier de personnes.

2015-2016 – guérilla urbaine à Diyarbakir

La dynamique communautaire arménienne a été stoppée net en septembre 2015, car le quartier de l’église de Sourp Guiragos est devenu un champ de bataille.

Suite à l’annulation des élections législatives en Turquie de juillet 2015, les forces kurdes, galvanisé par leurs victoires au Rojova Syrien sont descendus des montagnes pour prendre le centre-ville de plusieurs villes du sud-est dont Diyarbakir.

Une guérilla urbaine sanglante se déroula à Sür, le centre historique Diyarbakir (Une médina composée d’un labyrinthe de ruelles), autour de l’église Sourp Guiragos. Après 8 mois de combat, en avril 2016, la défaite de forces kurdes face à l’armée turque fut actée. Suite à cela, une grande partie du quartier de Sür fut rasée et nationalisée. Les églises arméniennes appartenant à la Fondation Arménienne (Sourp Guiragos et Sourp Sarkis) et les églises appartenant à l’Etat turc (catholique et protestante) bien qu’ayant subi des dommages des combats n’ont pas été détruites.

Une partie de la population de Sür a été expulsée, expropriée ou dédommagée à minima. Le quartier a été livré aux promoteurs pour faire de la spéculation immobilière en dénaturant le patrimoine historique. Une politique d’ingénierie démographique de gentrification a été mis en place par les autorités turques pour remplacer l’ancienne population de ce quartier, pauvre et pro-kurde, par une population plus aisée compatible avec le pouvoir en place.

Les années d’incertitudes

Dans un premier temps, l’église Sourp Guiragos a été nationalisé, mais en 2017 un tribunal turc a annulé cette décision pour la remettre dans les mains de son propriétaire légal, la Fondation. Durant des années, l’église est restée dans la zone d’exclusion, inaccessible et interdite d’accès.

En parallèle, la maire pro-Kurde de Diyarbakir, Gültan Kışanak a été arrêtée en octobre 2016.

Démise de sa fonction, elle a été remplacée par un Kayyım, un administrateur de l’État turc. C’est sous la mandature de Gültan Kışanak que l’ONG YERKIR avait organisé, en partenariat avec la municipalité, une première historique en Arménie Occidentale : Une commémoration du génocide des Arméniens, le 24 avril 2014, sous la forme d’une exposition « 99 Portraits de l’exil – 99 photos des survivants du Génocide des Arméniens ».

Une semaine avant l’arrestation de Gültan Kışanak, l’ONG YERKIR avait négocié avec son service culturel qu’une programmation arménienne annuelle soit incluse dans le catalogue de leur nouveau centre culturel. Tous les services de la municipalité (cabinet du maire, international, culture, jeunesse, conservatoire, musée, exposition…) avec lesquels l’ONG YERKIR entretenait des relations, depuis une dizaine d’années, ont été démantelés et remplacés par des fonctionnaires pro-Erdogan. Cette situation perdurera durant 8 ans, jusqu’aux dernières élections municipales en mars 2024, qui a vu le parti pro-kurde HDP reprendre la mairie de Diyarbakir. Élections qui n’ont pas (encore) été remises en cause.

Le paradoxe turc

Paradoxalement, l’État turc par l’intermédiaire des Kayyıms à Diyarbakir a pris en charge la rénovation et la restauration de l’église Sourp Guiragos dont les maitres d’œuvres ont été choisis par la Fondation.

Une subvention de plusieurs centaines de milliers d’euros a permis de financer les travaux, mais aussi la construction de nouveaux bâtiments adjacents et d’un jardin intérieur.

À la même période, l’État turc a aussi financé la rénovation de l’église catholique et du temple protestant arménien qui se trouve dans le même quartier. Ces bâtiments, appartenant à l’État, servaient d’entrepôts et de centre de formation. Ils ont été restaurés, mais non pas été re-consacrés. Le bâtiment de l’église catholique arménienne sert aujourd’hui d’annexe de la bibliothèque de l’université de Diyarbakir.

Restauration et re-consécration d’une seconde église à Diyarbakir.

Après ces années d’incertitudes, cette nouvelle communauté arménienne embryonnaire se remet doucement. Suite à la rénovation du quartier de Sür, l’église Sourp Guiragos est devenue l’un des points névralgiques du tourisme naissant à Diyarbakir, près de 1 200 personnes la visite quotidiennement.

La Fondation de l’église Sourp Guiragos s’est lancé dans la rénovation de l’église Sourp Sarkis qui lui appartient. Avant qu’elle ne tombe en ruine, à la merci des voleurs de pierres, la Fondation a décidé d’inscrire un second lieu appartenant aux Arméniens dans la vieille ville de Diyarbakir.

L’église Sourp Sarkis est un édifice historique et culturel majeur du patrimoine historique du quartier de Sür. Elle fait 700 m2 avec un terrain de 4 000 m2 qui sera ceinturé de magasins extérieurs, dans le but de financer la gestion des deux églises. Des chambres d’hôtes seront construites dans le style architectural de l’église et de la vieille ville.

C’est l’une des très rares occasions de reconstruction d’églises arméniennes appartenant à une Fondation religieuse depuis des décennies en Turquie. Ce qui est en soi est une petite victoire symbolique de cette nouvelle communauté.

Intégration des Arméniens dans l’espace public et politique de Diyarbakir

Le mardi 11 novembre dernier, un protocole d’accord de financement de la restauration de l’église Sourp Sarkis a été signé entre Serra Bucak, co-maire HDP (pro-Kurde) de la municipalité métropolitaine de Diyarbakır et Ergün Ayık, Président de la Fondation des Églises arméniennes Sourp Guiragos de Diyarbakır avec son vice-président Ohannes Gaffur Ohanyan.

Le mardi 11 novembre dernier, un protocole d’accord de financement de la restauration de Sourp Sarkis a été signé entre Serra Bucak, co-maire HDP (pro-Kurde) de la municipalité métropolitaine de Diyarbakır, et Ergün Ayık, Président de la Fondation des Églises arméniennes Sourp Guiragos de Diyarbakır avec son vice-président Ohannes Gaffur Ohanyan.

La municipalité finance quelques activités culturelles arméniennes comme des cours hebdomadaires de langue arménienne avec un professeur d’Istanbul en visioconférence.

Ces nouveaux Arméniens sont aujourd’hui une communauté reconnue et intégrée à Diyarbakir dans l’espace public et politique comme une composante de la ville. Ils participent aux activités municipales et un conseiller municipal d’origines arméniennes, a même été élu sur la liste de la majorité HDP pro-Kurde.