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KARABAKH – POINT SUR LES PROJETS

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Huit mois se sont écoulés depuis l’agression de l’Artsakh par l’Azerbaïdjan avec le soutien militaire de la Turquie et de contingents de djihadistes syriens. Au fil du temps, un rideau s’est baissé sur les conséquences de cette guerre : problématique des réfugiés, situation des territoires aux mains de l’Azerbaïdjan, aide et développement de l’Artsakh, ainsi que son statut.

La crise « humanitaire d’urgence » a été gérée de manière assez efficace par les autorités d’Arménie et d’Artsakh avec le soutien des Arméniens à travers le monde mais aussi grâce aux soutiens d’États, d’ONG et de Fond Internationaux.

Le maximum a été fait pour assurer rapidement le rapatriement des réfugiés en Artsakh, notamment au travers des programmes de construction de milliers de maisons « temporaires » au Karabakh et de distributions d’aides sociales aux réfugiés.

Si la crise « humanitaire d’urgence » a été résorbée très vite, il n’en demeure pas moins que les problèmes structurels, sociaux et humains sont loin d’être réglés, notamment l’insertion de ces réfugiés en Artsakh, devenus des déplacés internes dans leur propre pays. De plus, il reste environ 36 000 réfugiés en Arménie dont 35% à Erevan.

Les conséquences directes et indirectes de ce conflit, la situation politique confuse qui en a découlé ainsi que les nombreux défis politiques nécessitent des réponses à moyen et long terme pour l’Artsakh, l’Arménie mais aussi pour la Diaspora arménienne.

Malheureusement, il n’y a pas eu de capitalisation de la formidable et massive mobilisation des Arméniens de France pour orienter toutes les bonnes volontés qui se présentaient vers des actions et des projets pérennes. Ainsi, après une mobilisation sans précédent durant la guerre qui a perduré jusqu’à la fin 2020, il semblerait que, par faute de structuration et de propositions concrètes, cette mobilisation se soit éteinte. Pourtant, ce ne sont pas les problématiques et les enjeux qui manquent : Territoires perdus, statut du Karabakh, reconstruction et développement de l’Artsakh, réinsertion des réfugiés, consolidation des régions frontalières d’Arménie…

Notre ONG « Yerkir », basée à Lyon, est présente en Artsakh et en Arménie depuis la première guerre du Karabakh, au début des années 90. Cette seconde guerre du Karabakh est un retour au point de départ car tous les villages que nous avons reconstruits entre 1994 et 2010 sont aujourd’hui réduits à néant et sont passées dans les mains de l’Azerbaïdjan. La cité Antique de Tigranakert d’Artsakh (région d’Aghdam) dont nous avions initié les fouilles archéologiques en 2006 ainsi que l’église troglodyte paléochrétienne de Khatchénaguède (région d’Aghdam) et le monastère d’Handabert (Kelbadjar) que nous avions restauré ont été donné à Bakou.

Suite à « la guerre des 44 jours », à notre humble niveau, nous avons choisis de nous concentrer sur des projets concrets et pérennes en direction des enfants en Arménie et en Artsakh. Nous vous présentons, ci-dessous, un compte-rendu des premières phases de trois projets que nous avons mis en place :

PROJET 1 – CAHIER D’ACTIVITÉS PSYCHO-LUDIQUE : ԱՐԻ ԶԲՈՍՆԵՆՔ

Արի զբոսնենք (Ari Zposnenk) est un cahier d’activités psycho-ludique de 36 pages, imaginé par Anouch Chahbenderian, psychologue clinicienne et co-créé avec Maïda Chavak, illustratrice. Destinés en premier lieu aux enfants d’Arménie et d’Artsakh de 6 à 13 ans, impactés par la guerre des 44 jours de l’automne dernier.

Արի զբոսնենք (Ari Zposnenk) est la première phase du « Mérou Project » (le projet Abeille). Une abeille guide l’enfant au fil des activités. Particulièrement valorisée en Arménie, l’abeille est chevronnée, organisée, solidaire et malgré sa petite taille, c’est un maillon essentiel de la biodiversité. L’enfant, sujet fragile, possède lui-même de grandes forces, notamment une adaptation bien plus importante que les adultes.

Les textes et les énoncés sont adressés directement à l’enfant, qui s’inscrit comme sujet et témoin de près ou de loin de la guerre. L’approche ludique et poétique a pour objectif de soutenir les processus de pensée et l’expression des émotions dans un contexte sociétal et familial de non-dits et de faible échange avec les enfants.

Le cahier est basé sur le principe de réalité, avec l’utilisation du mot guerre et l’expression des bouleversements qu’un conflit peut entraîner chez l’adulte comme chez l’enfant. Cette posture permet de donner une forme de reconnaissance à ce que l’enfant a pu ressentir d’inhabituel : l’anxiété, la peur, le chagrin. Le but est d’ouvrir un espace d’expression et de parole. L’enfant pourra s’il le souhaite partager ses réalisations dans la famille comme un bâton de parole.

Les activités encouragent la résilience par la mise en représentation, la construction d’un imaginaire, la mise en action des processus de pensée dans l’inventivité, la créativité, le jeu, mais aussi par le traitement de l’information et la capacité à se projeter et fixer des objectifs grâce à un contrôle suffisant des émotions.

La genèse de ce projet débute en Arménie lors de la guerre des « 44 jours » en novembre dernier. Venus de France et impliqués concrètement sur place dans le soutien aux population d’Artsakh, Anouch Chahbenderian (psychologue), Maïda Chavak (illustratrice) et la mission de l’ONG Yerkir décident de concrétiser un projet à moyen terme en direction des enfants d’Arménie et d’Artsakh.

Plusieurs missions en Arménie seront nécessaires pour diagnostiquer les situations ; consulter des spécialistes, des cliniciens, des ONG locales et Internationales ; tester les cahiers d’activités psycho-ludique ; organiser la distribution des cahiers en partenariat avec des ONG d’Arménie présentes aussi en Artsakh.

Durant ces missions en Arménie, plusieurs temps d’échanges, de conférences et de présentations du cahier seront organisés par Anouch Chahbenderian et Maïda Chavak à Gumri, Erevan, Vanadzor… auprès de publics concernés : enseignants, pédagogues, équipes d’ONG, travailleurs sociaux, professionnels de la santé et psychologues.

Le cahier d’activité Արի զբոսնենք (28 x 20 cm, 36 pages) a été imprimé à 8 000 exemplaires fin mai 2021 à l’imprimerie des éditions « Antares » à Erevan. Les 8 000 exemplaires ont été directement distribués à des cliniciens, psychologues et structures qui accompagnent les enfants d’Arménie et d’Artsakh touchés de très près ou d’un peu plus loin par la guerre de l’automne 2020 : Women Ressource Center Stepanakert, Kooyrigs, Arevamanuk, Caritas, Terre & Culture, All For Armenia, Douleurs sans frontières, Emili Aregak Center, Centre Entanik, SHOR Center Stepanakert, All For Armenia, Kasa Gumri, SPFA, Allepo NGO, Association des Travailleurs Sociaux d’Arménie (AASW)…

La réalisation, l’impression et la distribution du cahier d’activités Արի զբոսնենք à 8 000 exemplaires est la première phase du « Merou Projet ». Il a pu être concrétisé grâce à un partenariat avec la Fondation « Armenia » de Genève mais surtout grâce à la générosité de donateurs privées de la campagne de dons de décembre 2020.

Dans les prochaines semaines en lien avec les professionnels de santé en Arménie ainsi que les ONG partenaires des évaluations de la prise en main du cahier d’activités par les enfants seront réalisées. Des missions de psychologues français sont prévues sur place ainsi qu’une réédition du cahier Արի զբոսնենք  et une extension du « Merou Projet ». C’est grâce à vos dons que nous pourrons étendre et démultiplier ce projet.

PROJET 2 – SCOLARISATION DE RÉFUGIÉS AU LYCÉE FRANÇAIS DE EREVAN

Dès le début de la guerre contre les Arméniens du Karabakh déclenché fin septembre dernier par l’Azerbaïdjan, le Lycée Français « Anatole France » de Erevan a accueilli des élèves réfugiés d’Artsakh.

Grace à cette initiative, une demi-douzaine d’enfants ont été scolarisés dans cette école. Même en compagnie de leurs nouveaux amis, tous très chaleureux et pleins de gentillesse, ils n’ont pas cessé de penser à leurs camarades, et l’idée de revenir « à la maison » en Artsakh continue à les hanter.

Sans retour possible

Comme eux, ils sont des milliers à Erevan dont l’exode forcé les a obligés à partir de leurs régions (Kelbadjar, Martouni, Hadrout, Chouchi, Latchine, Mardakert…) et c’est un retour impossible car leurs villes et villages sont maintenant occupés par l’Azerbaïdjan.

A l’origine, le projet prévoyait d’accueillir un plus grand nombre d’élèves venus d’Artsakh, mais il a été confronté aux doutes et aux craintes des parents des élèves artsakhiotes face à une éducation uniquement en langue française dispensée dans cet établissement scolaire.

Ce qui a donné à la direction de l’école l’idée de les intégrer dans la section arménienne du lycée qui prépare les élèves à entrer à l’Université Française d’Arménie (UFAR).

Le projet de scolarisation de réfugiés au Lycée Français

Lors de notre mission en Arménie durant la guerre, en novembre dernier, notre ONG « Yerkir » a rencontré la direction du Lycée Français et a décidé de développer ce projet.

Le but étant de prendre en charge des adolescents réfugiés d’Arsatkh qui seront accueillis au Lycée Français. Leurs frais de scolarité et de cantine seront assurés par une bourse dès la rentrée de septembre 2021. Cette bourse est ouverte aux élèves des classes de 10ème, 11ème et 12ème année de la section arménienne (correspondant aux classes d’un lycée français) et ce jusqu’à l’obtention de leur « Attestat », l’équivalent arménien du Baccalauréat.

Ce projet a pu voir le jour grâce à une subvention de 25 000 € octroyé par délibération lors du vote du 17 décembre 2020 du Conseil Régional Rhône-Alpes présidé par Laurent Wauquiez.

PROJET 3 – ANIMATION ARTISTIQUE ET CULTURELLE EN ARTSAKH

Dès les premiers jours de la guerre au Haut-Karabagh, Sevana Tchakerian, musicienne et éducatrice franco-arménienne vivant à Erevan, a lancé un appel aux artistes, musiciens et bénévoles afin de proposer des ateliers de musique, d’arts plastiques, de danse aux enfants d’Artsakh réfugiés en Arménie.

Une « armée d’amour » face à l’horreur de la guerre

Munis de quelques instruments de musique, tambourins, maracas et bidons en plastique métamorphosés en percussions, des groupes de musiciens se sont rendus chaque jour dans les hôtels et centres d’hébergements où étaient logées les familles de réfugiés, dans les hôpitaux pour les soldats blessés à Erevan mais aussi dans les régions d’Arménie (Tavouch, Lori et Siounik) et aussi en Artsakh juste après la fin du conflit.

 « Chez nous, il n’y a que de l’amour. Nous sommes avant tout des humains, c’est important de le rappeler en temps de guerre, car la guerre déshumanise. On oublie qu’il s’agit d’humains. Pourtant, le soldat est un humain, il a une famille, des enfants. ».

Développer la création artistique et musicale en Artsakh

Notre ONG « Yerkir » travaille depuis des années avec Sevana Tchakerian principalement pour réimplanter l’identité arménienne et culturelle en Arménie occidentale.

Notre dernier projet, en février 2020, le Music Action Lab Women s’est déroulée à Lyon sur le thème de l’Égalité des Sexes et du dialogue interculturel. Cette résidence de création musicale a réuni des musiciennes de Erevan, Ma­latya, Kars et Lyon, sous la direction de Sévana.

C’est donc tout naturellement que nous soutenons le prochain projet de Sevana en Artsakh qui permettra de développer de la création artistique et musicale.