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Newroz, symbole de la révolte contre l’oppression

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Irfan Babaoglu

Ecrivain Kurde de Turquie

Selon Irfan Babaoglu, Newroz est « le symbole de la révolte contre l’oppression ». Dans cet article, il explique que le soulèvement contre l’antique État assyrien — que symbolise la fête de Newroz — a été l’élément fondateur de l’identité kurde et a ouvert la voie aux autres peuples de la région comme les Parthes, les Arméniens, les Perses et les Arabes pour affirmer leurs propres identités. C’est pour cette raison, selon lui, que cette fête est célébrée par tous les peuples de la région. Newroz serait donc pour lui « le symbole de la résistance des peuples ».

Newroz a joué un rôle déterminant dans la construction de l’identité kurde. A la fin du néolithique, le peuple kurde, alors qu’il poursuivait son existence tribale de manière dispersée en Mésopotamie, n’ayant pas encore achevé son identité, subissait de nombreuses persécutions. L’Etat assyrien avait mis sous sa domination non seulement les Mèdes mais aussi tous les peuples de la région et avait détruit leur espace vitale.

Le soulèvement des tribus des Mèdes sous la houlette de Kyaksar contre ces persécutions posa ainsi les premiers fondements de l’identité kurde d’aujourd’hui. Cette lutte menée il y a 2 500 ans a marqué l’histoire et est reconnue comme un succès des peuples avec la légende de Kawa.

Cette victoire historique a fait office d’une nouvelle ère. Elle n’a pas seulement posé les fondements de l’identité nationale kurde mais a aussi ouvert la voie aux autres peuples de la région comme les Parthes, les Arméniens, les Perses et les Arabes afin d’affirmer leurs propres identités nationales. C’est pour cette raison que la fête de Newroz est célébrée avec enthousiasme et joie par tous les peuples de la région.

Le peuple kurde a vécu il y a 2 500 ans une courte période où il a disposé de son propre Etat, ce qui a marqué l’identité et la culture kurdes. Durant des siècles, La Mésopotamie – qui inclut le Kurdistan- a subi de nombreuses occupations, malgré cela les kurdes ont perdurés. Pour pouvoir garder leur identité, les Kurdes ont préféré vivre dans les montagnes. Lors des époques de persécution, ils s’y sont retirés et ont gardé leur mode de vie, au risque de se voir exclus de la civilisation.

Au cours des quarante dernières années, le peuple kurde s’est de nouveau mobilisé pour sa langue et sa culture puisque le système en vigueur dans la République turque lui faisant sentir que son existence était menacée. Les Kurdes, qui ne pouvaient protéger leur identité au sein des États souverains qui tentaient de les assimiler, dans les quatre parties du Kurdistan, ont eu un réflexe historique et sont entrés dans une lutte pour conserver leur identité.

Diyarbakir, Newroz 2015, Photos Céline Pierre Magnani

Aujourd’hui le peuple kurde défend plus que dans le passé sa langue et insiste pour que l’enseignement dans sa langue maternelle soit dispensé. La politique d’assimilation, malgré tant de choses vécues et le prix payé pour la lutte, n’a pas perdu de sa vitalité. Un génocide linguistique, culturel et identitaire continue par le biais de moyens combinés, subtils et brutaux. L’existence des Kurdes ainsi que ses droits sont niés, des millions de Kurdes sont privés des droits élémentaires et constitutionnelles nécessaire pour l’existence de son identité. La langue et la culture, ainsi que leurs préservations ont, dans ce contexte, une importance particulière pour que perdure son existence.

Depuis ces quinze dernières années, le mouvement kurde mène une lutte pour protéger et développer sa langue, afin d’en faire une langue d’éducation. Sans attendre l’autorisation de l’État, il tente de la développer avec ses propres institutions. Des cours sont ouverts et des efforts sont effectués afin de favoriser son utilisation et faire du Kurde une langue administrative et de tous les jours. Des écoles primaires livrant un enseignement en langue kurde ont été ouvertes dans trois villes, mais, privées de bases légales et d’assurance constitutionnelle, ces écoles ne survivent que grâce aux travaux volontaires des enseignants. Cette initiative pilote est toutefois en train de se répandre.

Ces pas concrets créent des modèles alternatifs d’enseignement en langue maternelle. Il est également attendu qu’ils forcent le gouvernement à mettre en place l’enseignement en langue maternelle dans les écoles publiques.

Lors de deux dernières années, le processus de résolution du conflit kurde est devenu d’actualité. La demande d’enseignement en langue maternelle est également la clé du processus de paix. Les Kurdes connaissent bien la relation directe entre l’enseignement en langue maternelle et l’identité kurde et sont convaincus que sans la prise en compte de cette demande les tentatives de résolution du conflit ne seront pas pérennes. Mais le gouvernement rechigne à effectuer ce pas et refuse l’enseignement en langue maternelle.

La résistance de Kobanê prend aussi ses origines dans un réflexe de défense de l’identité nationale. Soutenu par de nombreuses puissances, en particulier de la Turquie, Daech (l’état islamique) a attaqué le peuple kurde. Pour les forces souveraines, la chute de Kobanê signifierait la chute de l’ensemble des cantons du Rojava (Kurdistan syrien) signifiant ainsi la défaite de la lutte kurde pour la liberté.

Lors de la résistance de Kobanê, le peuple kurde a payé un lourd tribut pour défendre sa langue et sa liberté. Pour cette raison, les Kurdes lient la pratique de leur langue comme une des principales raisons de leur liberté et existence.

Au delà de la langue et de la liberté du peuple kurde, le mouvement kurde défend les droits linguistiques, culturels et identitaires de tous les peuples et minorités. Il défend la mise en place des droits individuels et collectifs sans restriction pour tous les peuples.